JE

 

 

 

 

Il y a en moi

Un bois trop dur

Pour en faire un crayon

Un métal trop impur

Pour  forger un maillon

Et tant de fissures

Qu’elles se font sillons.

 

 

 

Il y a

Du noir qui me grise.

Du charbon qui me mine,

Une sombre entreprise.

Qui me dérime.

 

 

 

Il y a un flottant à la dérive

et des phares sans une seule rive…

Il y a des doutes dans les coursives

et des mots sans affirmative.

 

 

 

Il y a de la douleur d’automne

Et des couleurs à faire pâlir,

Des orages qui entonnent

Des symphonies de rires !

 

 

 

Il y a  des cris et des violences

Qui font fuir les chances,

Des oublis qui se rappellent

Et des bleus sans mesure,

Des gens qui m’interpellent

De leurs mots en serrure.

 

 

 

Il y a des beautés immenses,

Et de petites voix importantes…

Des paroles qui s’avancent

Et des regards qui hantent

Gentiment parfois.

Il y a toi,

Et eux.

 

 

 

 

 

Un creux

Avide de plénitude

Brisant les certitudes

Pour aller voir plus loin.

Des idées en bottes de foin

Qui s’engrangent pour mes hivers,

Des rubriques, des classeurs, des repères,

Des juges terribles qui ne pardonnent rien

Et des gardes de mes fous et de mes vauriens !

Des graines à semer qui ne veulent jamais monter

Faute de terre, de soleil et de mains grossièrement gantées…

Des issues sans un lieu, des labyrinthes de portes entrouvertes,

Des banalités et, pour un bilan équilibré autant de richesses que de pertes.

Des milliers de larmes pour les douleurs perpétrées par des mains humaines

Et une telle impuissance, un lourd sentiment de petitesse et de volonté vaine.

Il y a de la haine.

 

 

 

 

Il y a du soleil

Qui me réveille

Et des vents tièdes.

Mais surtout comme remèdes

A mes propres débordements

Il y a des mots comme des amants

Qui entrent bien au-delà des consciences,

Des erreurs et des manques de confiance.

Il y a des rêves qui reviennent sans cesse

Et des besoins que la vie blesse et délaisse.

Il y a des théories sur l’expansion du temps

Et des relatives notions des Importants.

Des concepts frôlés qui changent le regard

Des arguments à chaque gare,

Des pierres à avaler,

Des pensées à écaler,

Des enfants

Et des gens

Que j’apprécie,

des mercis,

Tant de grands non-dits

Et des sens interdits…

Il y a des complicités

Et des mendicités,

Du désordre,

Des discordes,

Et de simples cordes

Ou vos mains ont testé

Des nœuds de sécurité.

 

 

 

 

Et des paysages,

Des passages,

Tout un monde en abyme

Auquel je dois une dîme.

Et je valide

Le non–vide

Du moi

Pour cette fois.

 

 

 

Christine Fayolle