Le sac de papier gris

 

 

 

 

 

 

Il portait un sac de papier froissé lorsqu'Ovale le découvrit.

 

Quentin portait toujours son sac de papier gris.

 

Il était beau dans son pardessus de laine

 

Et même un peu grand dans son regard de plaine.

 

 

 

Quelquefois il butait contre un violoncelle égaré

 

Et il riait fort et serrait fort son sac de papier.

 

Voulait-on qu'il le laissa certains matins

 

Et il répondait qu'il devait le chauffer un brin.

 

 

 

Il partait souvent pour des nuages en cortège,

 

Pour des voyages de pourpre et d'or beige

 

Sur les pavés de ces couloirs des villes.

 

D'un mur il modelait un visage en exil.

 

 

 

Il parlait peu et son mot, fébrile de retenue,

 

D'un lait bleuté, fantôme d'une idée nue,

 

Ondoyait en fumée derrière ses paupières basses.

 

De temps à autre, il l'étranglait de ses mains lasses.

 

 

 

Quentin n'avait ni âge ni temps dans ses gestes d'effroi.

 

Il existait ainsi et Ovale l'aimait pour cela.

 

La rue était son territoire et son sac un refuge

 

Qui, vide de la présence de ses amis, était un subterfuge

 

Pour ne pas pleurer,

 

Et pour encore aimer,

 

Encore un peu...

 

Oui, Quentin était vieux.

 

 

 

 

 

 

Christine Fayolle